Au-delà de la pénibilité physique, nombreux sont aujourd’hui ceux qui, dans leur vie professionnelle, ressentent une souffrance psychique en raison notamment d’impératifs de performance, de charge de travail, de fortes contraintes organisationnelles ou relationnelles... Les risques psychosociaux, dont le stress et le harcèlement sont les plus médiatisés, n’épargnent pas le secteur agricole. Salariés et non salariés y sont confrontés. D’où une nécessité à agir. La prévention allie une prise en charge individuelle et collective. Explications de Christophe Bernard, médecin conseiller technique national à la
CCMSA, chargé du risque psychosocial.

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légende : Christophe Bernard, médecin conseiller technique national à la CCMSA, chargé du risque psychosocial.
« Dans l’agriculture, on a observé très peu de grands bouleversements dans l’histoire, sur plusieurs milliers d’années. Deux révolutions ont été essentielles : la première avec la découverte de l’appertisation. Le développement de cette invention de la conservation a eu pour conséquence la suppression des famines et la naissance et l’évolution du secteur de l’industrie agroalimentaire. La seconde révolution est apparue avec l’arrivée de la moissonneuse, qui a entraîné la mécanisation agricole. Depuis plus de deux décennies, on observe des changements nombreux et rapides et une intensification du travail comme jamais. Les exploitants qui a priori ont fait le choix d’un travail proche de la nature, doivent être dans une dynamique permanente d’adaptation (comptabilité, tâches administratives, chasse aux règlements et aux primes…). Les salariés quant à eux vivent avec des contraintes liés notamment aux métiers à la chaîne – l’opérateur travaille souvent en horaires décalés, avec des cadences imposées, l’opérateur dépend aussi de ce qu’a fait le voisin, ce qui lui laisse peu de marge de manœuvre. » Pour Christophe Bernard, médecin conseiller technique national chargé du risque psychosocial, « le secteur agricole n’est donc pas épargné par ce risque, qui s’inscrit sur fond de compétition économique entre les entreprises. Tout le monde doit désormais y faire face. » Qu’entend-on par risque psychosocial ? « L’approche “grand public” est celle du stress. Nous l’abordons quant à nous selon l’origine – interne ou externe – de la violence ou du dysfonctionnement. »
Le rôle essentiel du médecin du travail
Ces violences peuvent donc être externes à l’entreprise ; c’est le cas par exemple des hold-up dans le secteur bancaire, dont la MSA s’est préoccupée dès le début des années 90 pour que le médecin du travail puisse proposer aux victimes une prise en charge adaptée (voir article ci-après). C’est aussi le cas des agressions verbales, physiques auxquelles sont confrontées les personnes en contact avec les clients, les usagers. « Il y a une montée en flèche de ces agressions, de ces incivilités, note Christophe Bernard, qui peuvent amener à développer des états d’angoisse, d’anxiété généralisée. Cela est vrai pour le secteur tertiaire mais également pour le secteur des jardins espaces verts en raison de conflits avec certains particuliers. »
Les violences et les dysfonctionnements sont susceptibles d’être internes à l’entreprise : l’organisation du travail et la gestion des ressources humaines ; la qualité de relations de travail (tout ce qui a trait au collectif de travail, à ce qu’impulse un chef) ; l’environnement physique et matériel (par exemple le travail en chambre froide, le port de charges – causes de stress pour l’organisme), source de multiples retentissements sur l’état de santé : angoisses, dépression, maladies cardiovasculaires, syndrome métabolique, troubles musculo-squelettiques, pathologies psychosomatiques (asthme), burn-out (ou épuisement professionnel).
Une source de gâchis humain et économique
Le harcèlement, très médiatisé, est une notion juridique — et non médicale —, en ce sens qu’il faut aller en justice et en faire la preuve.
Ici encore, « mieux vaut prévenir que guérir » ! Et c’est sur la globalité, quand cela est possible, qu’il convient d’agir pour prévenir ce risque psychosocial, source de gâchis humain et économique, d’arrêts de longue durée. « Le médecin du travail du travail a un rôle d’alerte ; il est de son devoir de dire que les gens ne vont pas, insiste Christophe Bernard. Il faut agir sur les sources de stress – organisation du travail, environnement physique et matériel, relations de travail. L’approche individuelle et l’approche collective sont indispensables, complémentaires pour prévenir le risque psychosocial dans les entreprises et les exploitations agricoles. » Le collectif de travail est en outre essentiel car l’isolement, parfois très notable en milieu agricole et rural, est nuisible. L’entraide et le support social limitent le stress (voir l’interview de Jean-Jacques Laplante, qui a mené une enquête auprès d’élus MSA et de non élus. Celle-ci a mis en évidence que les élus avaient certes une charge supplémentaire mais que, grâce à leur statut, ils avaient un meilleur soutien social, un meilleur réseau socio-professionnel).
Gildas Bellet