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Les maisons de santé rurales (Bimsa 67 - octobre 2006)
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Maisons de santé rurales : tout le monde y gagne

panneau avis de  construction d'une maison de Santé Rurale

Accompagner les personnes âgées, c'est Sous l'impulsion des professionnels de santé, du maire et de la MSA Tarn-Aveyron, une maison de santé rurale va voir le jour à Salles-Curan, fin 2007. Un plus pour la population locale.


© DR - Crédit : Anne Pichot de la Marandais

« Je ne peux plus continuer à travailler dans ces conditions. Je ne veux pas y laisser la santé », a averti fin 2003 le Dr François Ducamp, exerçant à Salles-Curan, en Aveyron. Suite au départ de deux confrères (l’un, en raison des contraintes représentées par la garde, a changé de lieu d’exercice et l’autre est parti en retraite), il s’est retrouvé seul face à la situation suivante : soigner une population de près de 2.500 habitants, composée de près de 15 % de personnes âgées de plus de 75 ans à mobilité réduite pour raisons de santé ou de transport ; assurer l’intégralité des tours de garde dans un rayon d’exercice de trente kilomètres sur des routes de campagne enneigées l’hiver ; exercer sa fonction de médecin pompier au centre de secours et être appelé à tout moment en urgence. Pour clore la liste de ses activités : faire face au fort accroissement de la population estivale qui se trouve multipliée par six en haute saison, soit 15.000 personnes. Pour résumé : « une situation plus stressante à gérer qu’un infarctus du myocarde ». Étant toutefois très attaché à l’exercice libéral de la médecine de campagne, « je souhaitais pouvoir continuer à exercer à Salles-Curan, mais dans des conditions acceptables, explique-t-il. J’ai alors cherché un collègue souhaitant s’installer ici. Mais sans résultat. En même temps, j’ai fait part de mes préoccupations à la municipalité ».

 

L’offre de santé se raréfiait
Conscients que si rien n’est fait, il n’y aura bientôt plus de médecin sur la zone, le maire, Maurice Combettes, et son équipe se mobilisent. Début 2004, la municipalité donne son accord pour la création d’un centre médical. La conduite des opérations est confiée au Syndicat intercommunal à vocations multiples (Sivom) du Pays des monts et lacs du Lévezou, structure intercantonale formée de trois communautés de communes. Celle de Lévezou-Pareloup regroupe dix communes dont celle de Salles-Curan. Le Sivom s’est notamment fixé comme objectif la sauvegarde des services de santé à moyen terme. Dans ce domaine, il a repéré un certain nombre de faiblesses en termes de services, tout particulièrement aiguës en ce qui concerne la raréfaction de l’offre de santé, due au non remplacement des médecins généralistes et à la présence limitée de spécialistes, kinésithérapeutes, dentistes... La situation est préoccupante : le départ d’un médecin peut avoir des conséquences désastreuses sur l’accès aux soins.


En juillet 2004, par l’intermédiaire d’un cabinet de recrutement, la municipalité réussit à faire venir un médecin espagnol, Amaya Ara Goñi, urgentiste, habituée à travailler en équipe dans son pays, connaissant le milieu rural et les conditions de circulation difficiles en hiver. « Une perle rare ! », souligne François Ducamp, soulagé d’avoir une associée. Pour l’aider à s’installer, la communauté de communes a exonéré la nouvelle venue de la taxe professionnelle pendant deux ans et la municipalité participe à ses frais de location du cabinet médical.
Entre temps, une réflexion est menée pour décider de la forme à donner au centre médical. Devant les interrogations qui se posent, Paul Gaubert, administrateur de la MSA, suggère au maire de rencontrer le directeur général de la MSA Tarn-Aveyron, François Dubeau. Considérant le problème de l’offre et de la permanence des soins en milieu rural comme une priorité, celui-ci est d’accord pour que la MSA accompagne l’élaboration du projet (voir interview, page 2).

 

Partager les locaux et travailler ensemble
Un groupe de travail sur le projet de soins est constitué. Il est formé des professionnels de santé exerçant à Salles-Curan, de Françoise Guillaudeau, maire-adjointe et directrice des soins aux hôpitaux d’Espalion et de Salles-la-Source, de Geneviève Lasne, médecin-conseil à la MSA, et de Gérard Lafitte, responsable de l’Action sanitaire et sociale de la MSA, tous deux assurant l’animation et la coordination du groupe. « Très vite, les deux médecins, les cinq infirmières, le chirurgien-dentiste, le podologue et le kinésithérapeute de Salles-Curan ont souhaité partager les locaux et travailler ensemble, afin d’améliorer leurs conditions d’exercice, faire évoluer les pratiques de concertation entre eux, favoriser la coordination, garantir une offre élargie et améliorer le parcours de soins des patients », relate Françoise Guillaudeau. Les projets architecturaux et d’organisation de la future structure ont été modifiés, afin de les accueillir et d’intégrer également d’autres professionnels de santé (orthophoniste, psychologue, diététicienne…) et ce, afin de pouvoir répondre aux besoins de la population.

 

La population sera reçue en un lieu unique
C’est ainsi qu’il a été décidé que la population serait reçue en un lieu unique par une secrétaire, à la fois agent de réception et coordinatrice commune, qui centralisera également les appels téléphoniques. Le fait, pour les médecins et les infirmières, de travailler à proximité les uns des autres, dans des locaux adaptés, va faciliter leur travail et favoriser la coordination des soins. Les médecins pourront déléguer certaines tâches (vaccinations, pansements, désensibilisation…) aux infirmières. Afin d’optimiser les conditions d’exercice des professionnels de santé, des outils seront mis en place : dossiers médicaux partagés, réunions de coordination, protocoles de prise en charge coordonnée, suivi des parcours de soins, planning commun des activités... Cela permettra également la prise de relais en cas d’absence et la permanence des soins sera assurée (gestion des plannings pour les tours de garde et les congés). Les professionnels de santé pourront également participer à des campagnes de santé publique (actions de prévention).


En outre, le groupe de travail a examiné divers projets innovants, actuellement à l’étude, mais dont les aménagements nécessaires à leur fonctionnement sont déjà prévus dans les plans de la future maison médicale. L’intégration au réseau régional de télémédecine, dont le siège est à Toulouse, permettrait d’assurer à tout patient un égal accès à des soins de qualité (le dossier est en cours d’évaluation économique à l’Urcam). La mise en place de consultations spécialisées (cardiologue, neurologue, psychiatre), en fonction des besoins de la population, permettrait d’ouvrir la maison de santé rurale à d’autres acteurs de santé. La possibilité d’installation d’un poste d’auto dialyse permettrait d’assurer une meilleure qualité de vie à un patient insuffisant rénal chronique. La maison de santé pourrait également devenir un centre de formation pour les étudiants en médecine ou paramédicaux.

 

«Libérer du temps pour des actions de prévention »
C’est ainsi que le centre médical de l’origine s’est transformé en une maison de santé rurale pluridisciplinaire, grâce également à la CCMSA qui, par sa démarche d’appel à projets pour expérimentation, la définition d’un cahier des charges précis et son appui permanent, a contribué à l’élaboration du montage financier et juridique. Neuf projets de création de maisons de santé rurales pluridisciplinaires, situées dans six régions, ont été retenus (Cf. Bimsa n°54 - Mai 2005). « Celui de Salles-Curan est le seul pour la région Midi-Pyrénées », précise, non sans fierté, Maurice Combettes, très impliqué dans ce dossier. « Nous avons un beau projet, qui va de pair avec les autres réalisations que nous menons pour une population qui s’accroît : un lotissement de 33 logements pour faciliter l’installation des familles, la maison des services du Conseil général, le maintien de La Poste, la nouvelle gendarmerie, l’installation d’entreprises privées et d’une banque, l’implantation d’un futur parc de 29 éoliennes et d’un musée des énergies renouvelables ». Il reconnaît que « la maison de santé rurale était une nécessité. On ne pouvait pas continuer comme cela ». « Cela va être bénéfique pour l’état de santé des habitants, renchérit Amaya Ara Goñi. Je crois que la fonction de la médecine, c’est la prévention des maladies (diabète, obésité, maladies cardio-vasculaires…) : c’est la médecine du futur. D’où l’intérêt d’un mode de fonctionnement en équipe, qui permet de libérer du temps pour des actions de prévention. »

 

Des logements prévus pour accueillir stagiaires et médecins remplaçants
La maison de santé rurale, « que la population attend avec impatience », ajoute le maire, sera implantée au cœur du bourg, sur la place centrale, à proximité des écoles, des services et des commerces (pharmacie, libre service…) et à côté du centre de secours (pompiers) et de la future maison de la petite enfance. Chaque niveau sera affecté à des fonctions bien déterminées. Au rez-de-chaussée, l’accueil physique et téléphonique unique, la salle d’attente commune, les urgences, trois cabinets médicaux, le cabinet pour les cinq infirmières, la télémédecine et les salles de réunion. Au premier étage, les services spécialisés (dentiste, kinésithérapeute, podologue, orthophoniste, psychologue, psychiatre) et les services sociaux (permanence de la MSA). Au second étage, sous les combles, sur une superficie de 300 m², des logements sont prévus, permettant d’accueillir stagiaires et médecins remplaçants. « Les professionnels de santé auront à leur charge les coûts de fonctionnement de la structure médicale, en fonction de la superficie occupée », précise le maire.


Accessible de plain-pied depuis la place centrale du bourg, elle disposera d’un ascenseur pour l’étage. Des bureaux ont été laissés sans affectation : ils sont destinés à accueillir de futurs professionnels qui rejoindront l’équipe médicale par la suite. Les travaux vont commencer cet automne, pour une ouverture prévue en automne 2007. « Pour compléter ce pôle sanitaire et social, deux autres projets sont à l’étude, ajoute Françoise Guillaudeau. Il s’agit, en plus de la maison de la petite enfance, d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ».

 

Anne Pichot de la Marandais

Information sur la publication

(Source : CCMSA - Communication Bimsa)

Mis à jour le : 23-03-2009publié le : 29-04-2011

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