Chose promise, chose due. Solidel (association réunissant des organismes gestionnaires d’établissements et services d’aide par le travail en milieu agricole et des MSA – www.solidel.fr) s’était engagée à restituer aux directeurs d’Esat (entreprises et services d’aide par le travail) et d’EA (entreprises adaptées) du secteur agricole les résultats de l’enquête menée auprès d’eux en 2006. Représentants de ces établissements et de leurs associations gestionnaires, responsables d’action sanitaire et sociale, travailleurs sociaux MSA… se sont retrouvés le 10 octobre à Bagnolet pour la troisième des journées régionales (les deux précédentes avaient eu lieu à Toulouse et à Rennes quelques jours auparavant), destinées à rendre compte de cette étude et à envisager le développement de synergies coopératives durables.
« Ouvrir des chemins de collaboration »
L’enquête (voir quelques résultats ci-après), soutenue par la caisse centrale de la MSA et financée par le ministère de l’Agriculture, avait pour ambition de mieux connaître ces entreprises, leurs activités, leurs personnels et de dresser un inventaire de leurs besoins afin de mettre en place les outils adaptés pour y répondre. Une volonté affirmée de « contribuer à améliorer l’accueil, développer les synergies entre les MSA et les établissements, et d’élaborer des projets communs dans la sphère agricole et les territoires de vie, soulignait Pierre Berthelot, président de Solidel. Nous voulons ouvrir des chemins de collaboration sur la formation, la santé, la question du vieillissement et aller plus loin que la loi, lui donner du cœur et l’enraciner dans notre action au quotidien. Ce travail avec les personnes handicapées profitera à la société toute entière. » Des chemins de collaboration autour d’une identité professionnelle commune à de nombreux établissements : dans le secteur agricole, environ 250 Esat et EA sont en effet recensées, pour 13.600 personnes employées. Leurs profils et leurs problématiques locales peuvent certes être divers, mais ces entreprises ont toutes la nécessité de concilier des contraintes économiques fortes avec une mission sociale (accompagnement du projet de vie de la personne handicapée, soutien médico-social et éducatif, développement d’actions pour l’accès à l'autonomie...), autrement dit de combiner une démarche entrepreneuriale, commerciale avec le déploiement d’activités pas toujours rentables mais qui permettent à chaque personne handicapée, en fonction de ses choix et de ses capacités – ou de la diminution de ses capacités – de trouver sa place.
L’enquête a permis aux directrices et directeurs de faire part de leurs attentes en direction de Solidel et des MSA. Ils attendent d’être soutenus pour développer la formation des travailleurs handicapés sur les métiers agricoles, la prévention des risques professionnels (voir, ci-après, une illustration de ce soutien pour une offre de formation « Espaces verts »). La conception et la diffusion de supports de formation permettent de faire monter en qualification les travailleurs handicapés et de développer la santé sécurité au travail dans les Esat et EA.
Préparer l’avenir des personnes vieillissantes
Autre thématique d’importance pour les responsables d’établissements : l’accompagnement des personnes handicapées vieillissantes en milieu rural. Une question dont Solidel et la MSA se préoccupent depuis longtemps puisqu’elles sont notamment à l’origine avec la Fondation de France d’une étude à ce sujet publiée dès 1999. En 2001, elles lançaient un appel à projets « Préparons demain avec les personnes handicapées ». Parmi ceux retenus, un projet en Lot-et-Garonne, que Martine Dejean, présidente de l’Amat (Association mutuelle agricole d’aide par le travail) et administratrice Solidel, est venue présenter lors de ces journées régionales. « Dans les années 1995-1996, nous avons entamé une réflexion car les parents de travailleurs handicapés commençaient à être âgés et se posaient la question du devenir de leurs enfants. Nous avons visité des maisons de retraite, des Marpa mais, à chaque fois, nous obtenions la même réponse : “Ils sont trop vieux, on ne veut pas y aller”. » Les travailleurs handicapés exprimaient également le souhait de rester près d’un milieu qu’ils connaissaient. L’Amat s’est donc orientée vers la création d’un lieu de vie accueillant des personnes vieillissantes en réduction ou cessation d’activité. Une structure récemment ouverte à proximité de l’Esat – « comme tout montage de projet, cela a demandé beaucoup de persévérance », pointe Martine Dejean. « Là, les travailleurs handicapés vieillissants vont garder leurs repères sociaux et, aujourd’hui, les familles sont rassurées par rapport à l’éloignement, à l’isolement. »
Eviter les ruptures brutales et fragilisantes
Autre éclairage apporté par Jean-Christophe Redaud, de la MSA Marne Ardennes Meuse, qui accompagne dans la Marne le projet d’une association gestionnaire d’un Esat accueillant des personnes handicapées psychiques, elle aussi confrontée au vieillissement de ses résidents et en recherche d’une solution satisfaisante pour eux. La maison qui verra le jour « s’inspirera du fonctionnement des Marpa » et sera ouverte à des travailleurs handicapés de l’Esat mais aussi à des personnes suivies à domicile par le secteur psychiatrique local.
Création d’unités de vie, anticipation de la cessation d’activité et préparation à cette nouvelle période de vie, accompagnement en milieu ouvert, accueil familial, combinaison de solutions, ouverture vers le secteur gérontologique… autant de pistes qui sont explorées aujourd’hui pour offrir une diversité de réponses en fonction des besoins locaux et des partenariats possibles, l’enjeu étant d’éviter des ruptures brutales et fragilisantes. Des projets que Solidel et la MSA peuvent accompagner.
Gildas Bellet
Formation : le pari de l’image et du son
Certes, on vous le dit par écrit, mais Solidel a justement fait le pari d’une absence totale de texte pour son support de formation à destination des ouvriers du paysage. L’objectif est de faire passer des consignes de sécurité pour le travail en espaces verts par l’image et le son pour contourner les difficultés que beaucoup rencontrent avec l’écrit. Le CD-Rom « Travailler en espaces verts en toute sécurité » comprend dix modules (pour dix outils utilisés sur les chantiers : aspirateur - broyeur de branches – débroussailleuse - pulvérisateur dorsal - pulvérisateur à cuve – motoculteur - cisaille, scie, sécateur - taille-haie – tondeuse - tronçonneuse d’élagage) et un module sur le rangement de l'atelier et de la camionnette. Des moniteurs d’Esat ont joué les photo-reporters sur leurs chantiers pour représenter les ouvriers en situation de travail, montrer les équipements de protection individuelle, les bons et les mauvais gestes ou positions, le rangement du chantier, le nettoyage des outils… À travers les images, la personne peut facilement se projeter dans les différentes situations et débattre ; pictogrammes de l'INRS, codes sonores et animations schématiques complètent ce « tout en images ». Le CD-Rom est le fruit de deux années de travail entre CERIS/Solidel, des conseillers en prévention MSA et des moniteurs en Esat. Il s’adresse aussi bien au milieu protégé qu’au milieu ordinaire. Un livret pédagogique est intégré pour les formateurs. Une valeur ajoutée offerte à la société par le monde du handicap.
Enquête
On dénombre en France 1.900 Esat et EA toutes activités confondues : 13 % des Esat ont une activité agricole, 14 % des EA ont une activité agricole principale. Le secteur agricole compte 180 Esat et 64 EA, plus largement implantés dans la partie occidentale du pays. Les Esat disposent en moyenne de 76 places.
13.610 salariés (des hommes pour les deux tiers – une proportion de 10 % plus importante que dans les établissements non agricoles). Les personnes atteintes de handicap physique, ou sensoriel y sont très minoritaires. 6 directeurs sur 10 indiquent une évolution de la nature du handicap, allant du handicap mental vers le psychique. 13 % de la population accueillie a plus de 50 ans.
90 % des personnes reconnues travailleurs handicapés travaillent en milieu protégé, 10 % en milieu ordinaire.
Au sein des Esat, on dénombre en moyenne 5,3 activités, les espaces verts étant l’activité dominante pour 7 établissements sur 10. En terme de chiffre d’affaires (sur l’exercice 2005), l’activité agricole représente 62 % (et 65 % en terme de résultat). Autres activités agricoles bien représentées : horticulture, maraîchage, viticulture, élevage. Parmi les activités non agricoles : conditionnement à façon, restauration, nettoyage, blanchisserie… 9 EA sur 10 ont un atelier d’espaces verts.
56 % des Esat ont une ou plusieurs activités déficitaires (67 % pour les Esat construits depuis plus de 30 ans, 65 % pour les Esat de plus de 90 places).
Résultats complets disponibles en ligne : www.solidel.fr